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Visite de l’atelier d’artiste de Carole Penin, Chambéry

Samedi matin, j’ai rendu visite à Carole Penin, chez elle. Le café de bienvenue était viril, ce qui était un accueil flatteur !

Le café était servi dans une tasse en céramique, pièce unique, d’un joli vert. L’accueil était chaleureux et la discussion nourrie, je suis resté 3 heures. Ce détail illustrait que pour Carole, l’art doit faire partie du quotidien. Ses parents avaient d’ailleurs de la vaisselle en céramique pour tous les jours.

Le père et la mère de Carole sont devenu ses parents, peu après 1968. Le contexte était à l’anti-conformisme et au bouillonnement intellectuel. Elle a donc grandi dans un contexte hors du commun de la majorité des enfants. Carole en parle comme d’une richesse, de nourritures spirituelles qui ont fortement contribuer à la personne qu’elle est maintenant.

Sa maman enseignait le français et son papa était prof de science éco. Tous deux fréquentaient assidûment  le cinéma d’art et d’essai. Il leur a paru très naturel d’emmener leur fille voir des films réputés pas fait pour son âge. C’était donc de régulières négociations avec le guichetier. Le souvenir qu’il en reste à Carole lui fait encore briller les yeux. Ma foi, même léger, l’interdit n’est pas pour déplaire non plus ! La télévision n’avait pas droit de cité à la maison. Carole a aussi fréquenté les théâtres, le festival d’Avignon.

Le Naaba Visite atelier d'artiste Carole Penin Chambéry

Carole a été prof d’arts plastiques, elle était plutôt du gens hyper-active. Puis le dos a coincé. Pas le choix, contrainte de rester allongée de longues heures. D’un mal, d’une obligation, Carole en a fait un avantage, une force. Ces heures sont mises à profit pour lire abondamment, faire des croquis, rêver et prendre le temps de la maturation. Le résultat est finalement d’être plus efficace au temps de l’action.

Carole s’intéresse à de très nombreux sujets, très différents. Il y a pourtant une grande continuité, elle procède un peu comme si elle avait une pelote de laine et tirait les fils. Quand elle s’intéresse à quelque chose de nouveau elle achète un rayon entier de livres pour en avoir une approche compréhensive.

Le grand-père de Carole était paysan d’alpage. Il n’y avait chez lui ni eau courante ni électricité. Elle en a gardé un souvenir merveilleux. Tout ce que fait Carole a un lien à la nature : terre, eau de pluie, papier végétal, encre ferro-gallique, etc. Peut-être faut-il voir l’origine dans les alpages de son enfance.

D’ailleurs, depuis que Carole a un jardin, elle a redécouvert la lenteur et le rythme des saisons.

Mais il me faut parler de son travail artistique.

Carole aime les techniques anciennes mais remises au goût du jour.

Une de ses grandes affaires concerne le papier, sa fabrication, les papiers anciens (et son cousin le parchemin comme ce manuscrit éthiopien ou ce document notarial du XVII° siècle), l’impression, la gravure.

Carole souhaite que le papier qu’elle utilise soit durable. Donc souvent fait sans bois, à l’ancienne, c’est à dire sans lignine qui est acide et fait tomber le papier en poussière avec le temps.

Le papier peut être fait avec tout végétal qui lui tombe sous la main, paille, artichaut, bananier, lokta, feuilles d’iris, lin et même de vieux jeans, qui sont faits en coton. Les anciens utilisaient d’ailleurs de vieux chiffons pour faire du papier.

Dans la pâte à papier, il est possible de mettre de l’ocre, cela lui donne de la couleur bien entendu, mais surtout de la tenue, du soyeux et il est alors possible d’écrire à l’encre dessus. C’est une « charge » dans le papier. Pour du papier blanc, il est parfois utilisé du kaolin.

Comme pour le papier traditionnel de l’Himalaya, Carole pratique le rouissage. Il s’agit de laisser tremper le bois dans de l’eau, de pluie, de rivière ou la neige afin de décomposer la masse et conserver uniquement les fibres. L’eau et le temps faisant leur oeuvre, c’est moins efficace mais bien supérieur en qualité aux process industriels.

Le papier est coloré avec de nombreuses plantes tinctoriales : thé (brun), verge d’or (jaune éclatant), pétales de diverses fleurs. Le fer est utilisé pour faire noircir les couleurs et apporter des nuances.

Carole est l’artiste attitrée du Moulin de la Tourne, un ancien moulin remis en activité pour faire découvrir le papier traditionnel.

Carole fabrique elle-même son encre ferre-gallique. C’est une encre indélébile, d’une très belle couleur, qui n’abîme pas le papier et se bonifie avec le temps. Au moment l’écriture est gris clair puis devient noire avec le temps, un noir ayant des nuances. Les ingrédients sont naturels et donc variables suivant les ingrédients du moment, il y a donc des cuvées. L’encre peut se conserver des années.

Depuis quelques années, la calligraphie est redécouverte et donc aussi ce type d’encres.

Carole a une technique secrète pour obtenir des motifs en relief sur son papier. Mais chut, personne n’est informé. Admirez, c’est tout.

Pour ses peintures, Carole peint par couches successives, souvent une dizaine. Un des effets obtenu est que ls couleurs varient suivant l’exposition à la lumière.

Elle utilise des ocres venant du monde entier pour faire ses couleurs. Elle en a une grande collection dans de petits pots ou de petits sachets.

Dans ses peintures elle inclut aussi de vieux manuscrits, des actes notariés. Ces vieux papiers sont même devenus un sujet de prospection et de collection à part entière. Les vieux papiers sont choisis d’après leur calligraphie ou leur sujet pour être intégrés dans la peinture.

Carole inclut aussi de vieux tissus ou des morceaux d’anciens draps dans ses peintures. Toujours l’intérêt pour les vieilles choses qui continuent à vivre, sous une autre forme.

La feuille d’or étant onéreuse, ce sont des feuilles de cuivre qui sont utilisées. Suivant l’alliage, l’oxydation, l’ionisation les feuilles peuvent être jaune d’or, rouge, verte.

Carole Penin fait encore bien d’autres choses, alors allez voir ses oeuvres, simplement !

Visite de l’atelier d’artiste de Carole Penin Chambéry

Visite de l’atelier d’artiste de Carole Penin Chambéry

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