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Rachid Koraïchi écriture artistique à la recherche de l’humain

Aujourd’hui je vais vous faire découvrir l’écriture artistique de Rachid Koraïchi, écriture qui se fait mystique au service des humains.

Rachid Koraïchi écriture artistique

Il y avait longtemps que je voulais revoir Rachid Koraïchi mais il bouge tout le temps, dans de nombreux pays. Quand nos deux agenda ont été d’accord entre eux nous nous sommes enfin retrouvés.

De ma première rencontre à Grenoble, quand j’étais administrateur de la Maison de la Poésie, j’avais conservé d’un homme ouvert et qui parle à tout le monde. Bien qu’ayant un rayonnement international, il a de la considération pour chacun.

L’écriture artistique est une écriture parmi d’autres

Le nom de famille de Rachid Koraïchi a son importance. Il provient de la tribu arabe Quraysh (قريش qurayš) qui est celle à laquelle appartenait Mahomet. Une partie de cette tribu a progressé vers l’occident (Magreb en arabe) lors des invasions arabes des 7 et 8èmes siècles de l’ère commune. Le Kitab el Adouani (le livre de Adouani) écrit au IX° siècle et traduit en français en 1860 raconte un pan de cette histoire.

De part son patronyme, Rachid Koraïchi se relie à la grande histoire, politique et militaire (pas trop), spirituelle (beaucoup). C’est aussi un lien avec de lointains cousins, descendants de la même tribu mais étant partis jusqu’en Asie Centrale. Et nous commençons à toucher à l’écriture artistique.

Il a grandi dans une zaouïa (comparable à un monastère chrétien) au sein d’une confrérie soufie (l’islam mystique) fondée par Ahmed Tijani au XVIIIème siècle. C’est le second pilier de ce qui a construit Rachid Koraïchi.

il a donc grandi environné de l’écriture artistique, entouré de calligraphies sur les murs, de tapis, etc. Le tissage était d’ailleurs omniprésent, pas seulement comme un travail mais comme une occupation quand on a un moment creux. Le tissage est aussi riche de symbolique mais je vous laisse chercher par vous-même parce que ce serait plus article mais un livre qu’il faudrait écrire…

D’ailleurs, les motifs des tapis étaient codifiés comme ce qu’on connaît en jazz : un cadre et de l’improvisation. Une femme peut poursuivre un motif commencé par une autre. Les motifs étaient une écriture artistique au sens premier du terme. Une femme pouvait lire un tapis comme on lit un livre avec des codifications connues, un peu comme les tatouages sur le visage dans les Aurès qui disent qui vous êtes. Aujourd’hui ces codes de lecture ont été oublié par la plupart des gens.

Les motifs, les calligraphies étaient présentent partout quand il était petit. Les gens avaient peint sur les murs de la zaouïa mais l’apprentissage se fait sur le tas.

A ce moment de la discussion, Rachid Koraichi me dit que toute « écriture est mystère, pourquoi elle a été inventée, par qui elle a été inventée et pourquoi dans telle zone » . Il relie ce travail (à juste titre) aux gravures rupestres qu’on trouve dans tout le Sahara. Les murs Facebook avant l’heure !

Ayant fait les beaux-arts, Rachid Koraïchi me dit que les grands maître sont ces pasteurs qui ont seulement voulu laisser des traces de leur passage. Sa mère faisait de la couture, des broderies et des tapis pour nourrir la famille pendant la guerre d’Algérie.

Rachid est né second d’une fratrie de 12 enfants. Son frère étant décédé à 16 ans il a eu le rôle de l’aîné. Ses parents voulaient tous deux des filles et après 7 garçons, sont venues 5 filles !

Il me dit que les « bienfaits de la colonisation est d’avoir évité à mes parents de parvenir à 20 enfants » !…

Il me parle ensuite de la mystique qu’il pratique depuis tout jeune. La foi musulmane, le Coran, reste le socle mais pour ce qui est de la mystique chacun poursuit sa voie, avec sa part de profondeur, de mystère. Il m’apprend qu’en haut des mosquées on voit un symbole avec trois boules qui représentent les trois religions du livre (judaïsme, christianisme et islam) et un croissant tourné vers le ciel qui est comme une coupe tournée vers Dieu. Au contraire des drapeaux nationaux des pays musulmans avec un croissant orienté de la gauche vers la droite et qui est un symbole non plus religieux mais politique.

Avant de mourir , son grand-père lui a dit que tout ce qui n’est pas offert est perdu, même un sourire. Le don est la base de l’humanité, de l’humanisme. Il fait le lien avec les grandes œuvres qui ont bien entendu produites par une culture (Picasso, masque Inuit,…) mais qui appartiennent à l’humanité.

Rachid Koraïchi me dit qu’on entre en art comme on entre en religion. Je ne le crois pas complètement, mais il me dit qu’il n’a pas choisi d’embrasser la carrière artistique, que c’est une évidence, que « Dieu est beau et il aime le beau ». Pourtant de la fratrie il est le seul a avoir poursuivi ce chemin. Ce qui ressort de mes questions et de mon insistance à comprendre c’est qu’il y a une force en lui , une force irrépressible et qu’elle s’est matérialisée par les arts plastiques. Il estime que ses frères qui ont fait de la médecine ont exactement la même démarche : « sauver l’autre ». Ces deux mots qu’il finit par me donner sont probablement la clef.

La liberté est aussi TRES présente dans la démarche.

Après ses études aux beaux-arts, Rachid Koraïchi a travaillé pour société textile et dessiné des modèles d’habits et pour une autre société dont il dessinait les stands pour les foires. L’objectif était de couvrir les besoins alimentaires tout en restant dans le monde créatif.

Arrivé à Paris, il a fait du tirage de gravure pour une galerie (qui n’existe plus maintenant) et qui travaillait beaucoup avec le mouvement CoBrA. Il sait qu’il s’en est mieux sorti que d’autres artistes de talent qui ne parviennent même pas à montrer leur travail. Il privilégie les installation dans les fondations, les musées plutôt que les galeries classiques. Il n’a d’ailleurs pas de galerie attitrée.

Il vend peu et cher ses œuvres, ce qui lui permet d’en conserver 75% chez lui et de faire des donations à des musées. Rachid me dit que l’essentiel pour lui est le partage. Lors d’une installation il fait 7 (ce chiffre n’est pas un hasard) supplémentaires ce qui lui permet de financer l’installation suivante en autonomie. On peut le comprendre, non seulement il ne veut pas dépendre d’un sponsor mais surtout pas… d’un état, ce qui serait être inféodé à un pouvoir.

Rachid Koraïchi et l’écriture artistique

Quand je parle d’écriture artistique, Rachid Koraïchi réagit positivement parce qu’il se défend d’être calligraphe. Il me dit quelques mots sur la calligraphie arabe qui est calibrée mathématiquement alors que la calligraphie chinoise ou japonaise est dans le geste, l’énergie. Il regrette que certains maîtres de calligraphie arabe aient laissé la calligraphie classique pour de la « décoration ».

Enfant, Rachid Koraïchi débutait par l’école coranique au lever du jour (au début de la première prière) vers 5h. Dans les montagnes des Aurès il fallait casser la glace pour laver les tablettes (il me précise « ça t’apprend quelque chose de la vie ») puis aller voir le vendeur de beignets pour les sécher devant son braséro.

Ensuite venait l’école publique de garçons, laïque (plus ou moins) et surtout obligatoire. En fin de journée arrivait la madrasa (littéralement école en arabe) où les enfants apprenaient l’orthographe, la grammaire, le vocabulaire et les textes autres que le coran.

Le soir, avant de dormir, les enfants récitaient le Coran avec le grand-père. De bonnes journées et un dur travail. C’était aussi pour sa famille une forme de résistance et le français était un butin de guerre, un enrichissement culturel au delà du sang versé à la guerre.

Pour dire la complexité des relations humaines au delà des aspects politiques, le mari de son institutrice était le directeur de la prison où était… son père. Pourtant ce directeur de prison envoyait un mot à sa mère pour dire « demain j’emmène ton fils manger chez moi »… Le petit Rachid déjeunait donc dans l’appartement de fonction dans la prison et le directeur l’emmenait en cellule pour qu’il voie son père.

Au contraire, le professeur de dessin envoyait des grenades… Rachid me dit qu’il faut savoir faire la part des choses et que la frontière entre le bon et le mauvais n’est pas toujours là où l’on croit.

Pour revenir à l’écriture artistique, Rachid Koraïchi écrit l’arabe à l’envers au point de mieux écrire à l’envers qu’à l’endroit ! Pour les textes sacrés c’est aussi une manière de les fermer, ce voilement – dévoilement faisant partie intégrante de la mystique. Pour le dire en quelques mots, les secrets doivent être révélés mais uniquement à ceux qui feront le parcours nécessaire. On retrouve ceci dans les mystiques du monde entier où le chemin est plus important que le but.

Pour Rachid écrire à l’envers est aussi un rapport au miroir. Toute notre vie nous ne nous voyons jamais nous-même, au mieux dans un miroir et donc à l’envers. nous avons donc besoin de l’Autre pour exister, l’Autre me voit mieux que je me vois. Il me rappelle le passage bien connu de Rûmî (le moulana – notre maître –  des persans) : la vérité est un miroir tombé du ciel et qui s’est brisé, chacun en détient un éclat et pense détenir la vérité.

La mystique comporte des degrés qu’il faut parcourir, gravir.

Rachid Koraïchi me demande si j’ai d’autres questions mais nous avons déjà parlé une heure. Alors je vous laisse ainsi, c’est maintenant à vous de chercher pour découvrir la profondeur de cet homme et de son écriture artistique.

Une question pour vous

Qu’elle soit poésie, calligraphie ou littéraire est-ce que l’écriture n’est pas une mystique ?

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