Les Warlis d’Inde, art aborigène

Le peuple Warli de l’ouest de l’Inde est considéré comme aborigène. A l’origine chasseurs-cueilleurs, ils viennent de loin dans le temps. Leur art a clairement partie liée avec les peintures rupestres préhistoriques.

Les Warlis d'Inde, art aborigène

Les Warlis : qui sont ces gens ?

Les Warlis (on trouve parfois l’orthographe Varli) sont situés à l’ouest de l’Inde, au dessus de Mumbai (Bombay). Suivant les sources leur nombre est estimé entre 300.000 et 1.000.000, je n’ai pas trouvé de source officielle.

Leur origine remonterait à près de 5.000 ans. Leur langue n’est pas écrite. Les Warlis font partie des peuples premiers de l’Inde, les Ādivāsī et sont souvent catalogués conjointement avec les castes intouchables.

Ils ont longtemps vécu relativement isolés en forêt et ont conservé leur traditions ancestrales. Les Warlis ne sont pas hindouistes mais animistes, une conception du monde encore très proches des croyances et pratiques shamaniques de la préhistoire. Des animaux, des plantes, des éléments naturels sont personnifiés et derrière chaque problème se cache un esprit maléfique, un démon.

Les rites sont dirigées par le Bhagat (Shaman). Comme dans le chamanisme, tout est question d’équilibre. Le Bhagat est un sage qui connaît la foret, ses plantes aux vertus médicales. Lors de cérémonies il entre en contact avec le monde des esprits ce qui lui permet de savoir quelle offense a été commise et ce qu’il convient de faire pour rétablir l’équilibre.
Les Warlis croient fortement à une survie de l’esprit au-delà de la mort physique.

Leur quotidien est rythmé par de nombreuses occasions qui sont autant des rituels que des fêtes. Certaines fêtes hindoues comme le Diwali ont été intégrées. S’ils sont relativement isolés, ils ne sont pas coupés du monde.

Cela n’a pas de lien direct avec les warli, mais il est intéressant de savoir qu’il y a environ 4.000 ans des « indiens » ont atteint l’Australie. Les aborigènes d’Australie sont arrivés il y a 40 à 50.000 ans mais « l’immigration » ne s’est pas subitement arrêtée, d’autres groupes sont arrivés bien au cours du temps. Dont des indiens qui ont laissé des traces dans le génome des aborigènes d’Australie.

L’art aborigène des warlis

Très clairement, leur art a partie liée aux peintures rupestres datant de 5.000 à 10.000 ans dans les grottes de Bhimbetka, dans le Madhya Pradesh. Ces peintures rupestres sont encore très largement inexplorées. Tout d’abord par les formes géométriques utilisées, même si les thèmes ne sont plus la chasse mais l’agriculture. Ensuite, les peintures et gravures étaient réalisées sur des murs de pierre (peintures rupestres) et sont actuellement réalisées sur l’intérieur des murs des maisons. L’art aborigène des warlis est basé sur des figures archaïques : la ligne brisée (le carré), le cercle et le triangle. Le corps des humains et de la plupart des animaux sont représentés par deux triangles qui se touchent par la pointe. Les hommes sont représentés par une mèche de cheveux et les femmes par un chignon.

La maison étant le territoire des femmes (ça c’est planétaire), ce sont exclusivement elles qui réalisent ces peintures d’art aborigène. La peinture en elle-même n’est pas très importante. C’est le fait, l’action de peindre qui compte, c’est acte un rituel et votif, une prière. Ce n’est pas sans rappeler les mandalas de sables colorés tibétains qui sont ensuite détruits. Contrairement à notre idée occidentale et moderne de conservation, une fois peinte, la fresque n’est guère importante et peut être détruite facilement si le mur doit être refait.

Peindre un dieu engage un profond respect et beaucoup de soin. Un dieu est toujours à l’intérieur d’un chowk qui sera exécuté avec minutie. Ce dieu est Palaghata, la déesse mère, symbole de fertilité.

Sans écriture, les peintures racontaient les mythes (un peu), les histoires, la vie sociale (beaucoup). C’est une forme d’écriture qui raconte des histoires ou des scènes de la vie du village. Bref, la culture qui était transmise aux petits enfants dès leur berceau, pardon, leur hamac.

Les éléments graphiques de l’art aborigène Warli

Il est remarquable que leurs peintures sont un art tout d’exécution. Il n’y a pas de brouillon, d’esquisse, tout est réalisé sans repentir possible. Pourtant l’art aborigène des Warli est très travaillé, élaboré.

Outre la représentation de la déesse Palaghata dans son chowk, la scène la plus importante est le mariage et sans la réalisation de la fresque, il risque de tourner à la catastrophe. Finalement, faire tenir ensemble deux êtres est une chose difficile et dans tous les pays, toutes les traditions, il faut un tiers : un dieu, la société, la loi.

Les fresques warli sont très vivantes, animées et toujours en mouvement, on y retrouve souvent les danses avec des personnages enroulés en spirale.

On y trouve aussi un joueur de tarpa, sorte de trompette ou de saxophone, toujours au centre des danseurs.

Les paons sont également très présents et surtout l’arbre de vie.

L’entrée dans la modernité de l’art aborigène des warlis

Vers 1970 le gouvernement indien s’est intéressé à la valorisation de l’art des tribus aborigènes. Pour conserver ces peintures, elles sont passées des murs en torchis aux toiles de coton. Et ce faisant, des femmes aux hommes.  Jivya Soma Mashe a été le premier à ne plus peindre dans un objectif rituel (surtout le mariage) mais comme une activité régulière.

Les techniques ont évolué, avec l’arrivée de la toile tout d’abord, puis l’acrylique en lieu et place de la farine de riz. Mais le fond reste couleur terre et la peinture blanche. Concession à la modernité, aux arbres, paons, rizières, etc. s’ajoutent maintenant des avions, des vélos, des trains. Traditionnellement, le blanc est obtenu avec de la farine de riz et de la résine naturelle. Le pinceau était un morceau de bambou taillé et dont le bout était mâché pour dégager les fibres. Maintenant, les pinceaux ont pris le dessus.

Aujourd’hui leur peinture est si connue qu’on la trouve même sur un mur d’immeuble à Lyon, réalisée par Shantaram Chintya Tumbada. A Paris la Galerie Perdriole, propose des toiles et les amême montrées à l’Outsider Art Fair 2015.

Dernièrement, les femmes viennent aussi à la forme moderne de peinture et Reena Umbersada Valvi  en est une digne représentante.

Des murs des cavernes, au murs des maisons, puis sur toile ou papier c’est essentiellement le support qui avait changé. Les warlis sont maintenant entrés dans la modernité, leur mode de vie ancestral s’en trouve modifié, leurs peintures sont à la mode, il y a même des cours pour apprendre à peindre comme eux. Ils sont depuis quelques décennies à un point de bascule culturel. Souhaitons-leur que si les voitures et les smartphones apportent un confort bienvenu, ils ne se coupent pas de leurs riches traditions, de leur culture, que ce soit une évolution et pas une rupture.

4 Comments

  • Yves-Jacques dit :

    Vraiment très bien, Marc, le film sur les Warli. Merci piour ce lien !

    • Marc - le goûteur d'art Marc Ribagnac dit :

      Merci Yves-Jacques pour tes encouragements.
      Pour info, une expo d’œuvres Warli a lieu à la galerie Vent des Cimes à Grenoble. Ca débute cette semaine.

  • Wanampi dit :

    Bonjour, bravo pour cet article très complet.
    Est-il possible de préciser qu’une exposition d’art warli se tient actuellement, et jusqu’à fin janvier 2016, à Grenoble, Galerie Vent des cimes, 25 avenue Alsace Lorraine?
    Merci d’avance

    • Marc - le goûteur d'art Marc Ribagnac dit :

      Tout à fait et il y a même quelques photos

      Exposition – Les Warli : peintres aborigènes de l'Inde

      Posted by Galerie Vent des Cimes

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