Julie Perin, plasticienne, née petite fille à Lyon. Julie est née sans père.

Comme le philosophe de Jean Baptiste Botul, il se retire. Mais cette fois, trop tard. Et trop tôt pour Julie. Il a une fille avec une dame qui n’est pas son épouse et part vivre avec elle avant la naissance de Julie. La petite Julie porte le nom de sa mère.

Commence une vie nomade qui fait que Julie n’a pas conservé d’amis d’enfance.

Très tôt elle s’est posée des questions, qu’en général nous attendons d’être adulte pour aborder. L’interrogation sur le masculin et le féminin demeure prégnante chez elle. D’ailleurs un de ses projets, « Je ne suis plus une petite fille », porte cette question. A un moment, l’horloge biologique transmue la petite fille en femme. Il n’y a aucune décision, aucun choix, c’est la nature qui impose cette métamorphose. Quelques dizaines d’années plus tard, la nature impose de nouveaux changements. Qu’est-on alors ? Moins femme ? Mère ? Grand-mère ? Rien ?

Issue d’un milieu ouvrier ce n’est pas par son environnement familial qu’elle est parvenue à la culture, l’art, me dit-elle. A l’âge de 9 ans, Julie « rencontre », dans un livre, Le Cri du norvégien Edvard Much. Elle en tire comme conclusion que quand elle sera grande elle fera soit de l’ethnologie (tendance école du Louvre), soit peintre.

D’une certaine manière, elle fait maintenant les deux. Dans ses propositions artistiques, tout part de l’autre. A un moment, le contact se fait. Petite fille elle observait comment les autres enfants s’asseyaient en classe, comment les gens se déplaçaient.

Petite fille, elle faisait de la danse. Elle en fait toujours. Elle allait au cinéma toutes les semaines. Vers 8-9 ans elle a fait de la radio en direct tous les mercredis. Sérieusement. Cela lui a appris la rigueur. Elle saluait son public, lisait une histoire et s’autorisait des commentaires. Il semble que ça fonctionnait bien et Julie en garde un excellent souvenir. Finalement, en répondant aux questions, le milieu ouvrir n’était pas si étranger à la culture qu’il n’y paraît. Pas académique, c’est tout.

Pour Julie Perin, plasticienne, on ne devient pas artiste, on l’est. D’ailleurs, quand je lui demande si elle vit de son art et depuis combien de temps, elle me répond que la question n’a pas de sens. Son art, c’est elle. Vendre des chaussures, vider un camion ou autre, n’est que satisfaire la matérialité de la vie. Je trouve intéressant, qu’ayant fait les beaux arts, elle a un discours très construit et parfois un peu intellectuel (sans connotation péjorative je précise). En même temps il est très clair que les choses viennent du ventre, c’est « tripal ».

Julie me dit qu’elle ne veut pas d’enfant. Une enfance légèrement fracassée n’y est peut-être pas étrangère mais je ne suis pas psychanalyste donc pas compétent en la matière. Cependant elle me dit que son oeuvre est comme « accouchée ». Elle souhaite la porter, comme un bébé qui grandit puis s’envole, autonome. A un moment son oeuvre ne lui appartient plus.

La mère de Julie est partie à un moment dans le sud de la France. Julie n’aime pas. Elle trouve les gens vides. Les nuance viendrons plus tard dans la conversation.

Après le bac elle était acceptée à l’école du Louvre. Et aux beaux arts de Marseille. Pour des raisons simplement financières, le choix a été Marseille. Ses yeux s’agrandissent tout rond quand elle m’en parle. Le Louvre c’est prestigieux, certes, mais les années passées à Marseille lui laissent un souvenir fort. Juste une question, Marseille est bien dans le sud ?

Au concours d’entrée, il y avait environ 400 candidats. 80 étaient acceptés en première année. Le travail y est intense de 8h à 19h. En seconde année, demeurent 20 à 30 étudiants. Avec des options design, com, arts plastiques.

En troisième année, c’est art et écriture. En dessin il ne restait que 7 élèves qui ont chacun un atelier de 30m², mais Julie travaillait souvent dans le couloir devant sa chambre universitaire. Les voisins étudiants en science ont été titillés au coin de la curiosité.

De la troisième à la cinquième année, elle travaille personnellement avec des artistes :

  • Georges Autard : peinture et dessin
  • Jean-Louis Delbès : peintre
  • François Bazzoli : une armoire à glace et un monument d’érudition, gargantuesque au sens propre. La description que Julie m’en fait me fait pense à Diego Ribera.
  • Frédéric Vallabregue : auteur, une pointure

Julie en conserve un souvenir très fort. Ces artistes l’ont acceptée telle qu’elle est, ont accentué sa capacité à être/naître au monde. Cette expression est revenue souvent au cours de la rencontre. Ils l’ont suivi pendant trois ans et l’ont emmené à réfléchir au-delà de soi.

Julie estime que nous sommes des passeurs. Elle regrette la dureté des relations entre les gens actuellement, qu’on ne sache plus débattre. Les outils actuels, électroniques et dits sociaux, accentuent cet état de fait. Un postulat est posé, en 140 caractères ou plus.

D’ailleurs, Julie gamberge actuellement sur la notion de désamour. A un moment, ceci ressortira forcément dans ses oeuvres. Quel est le besoin de poster des selfies tout au long de la journée ? Selfie est d’ailleurs très proche du mot selfish (égoïste, égocentrique). Aie, je vais encore jouer au psy et dire des bêtises, mais bon, je tente. N’est-ce pas un besoin de dire « regardez-moi, aimez-moi, j’existe » ?

Julie n’est pas à l’aise avec les écrans, c’est une mise à distance. On se perd. Que penser d’un ado qui passe beaucoup de temps devant son écran mais ne dit ni bonjour, ni merci, ni au revoir ? On se perd. Je te perd.

D’ailleurs, Julie a un travail en cours. Work in progress. « Comme une échographie de nos basses pensées » parle du besoin de l’autre, besoin de se montrer. Regarder de l’autre côté du cadre.

Nos basses pensées ? Eros / thanatos. Animal / humain.  Personne n’est irréprochable, il y a toujours quelque chose de bas, de caché, de honteux. Et de toutes les manières il ne faut pas oublier d’où on vient.

Pour terminer, Julie me dit « mon travail est sale ». Il y a du corporel, du déchet. Julie a par exemple utilisé des cotons démaquillants pour fabriquer une robe de mariée (voir la seconde video). Et pourtant ce sale n’est pas sale. C’est ce que nous sommes : ongles coupés, transpiration, menstrues. On ne veut pas le voir, avec une justification hygiéniste pour faire bonne mesure.

« Je t’embrasse juste ici et là aussi … » Extrait des récits anodins Sentinelle work in progress 2013

« C’est dans le M de mise en bouche que je te mignardise ! » Extrait des récits anodins Sentinelle work in progress 2013

«...Comme l'envie de rentrer voir ce qu'il y a dans le placard où les petits bruit de chuchotements se font entendre, le rire résonne et les bouilles enfantines se mettent la tête dans l'oreiller et jouent aux fantômes avec les draps ! Par ici Chipie lui a t elle dit vient jouer à Cache-Cache ...» (extrait récits anodins Sentinelle) 2013

« ... les jeunes loups sont en marche ! Ils pensent tout savoir tout avoir. Tels des conquérants ils s'arment de leur fougue pour les prendre ces jeunes louves inexpérimentées qu'ils croient ... Elles les observent, les toisent et au fond savent bien que ce sont elles qui feront leurs choix du loup. Elles auront cet oeil vif et l'odorat en alerte se pareront de leurs dents aiguisées pour mieux mordre, arracher à la réalité leurs envies, leurs fantasmes. Ils n'y verront que du feu, se penseront maitres de leurs conquêtes et pourtant ... ! Elles leur tourneront peut être le dos ou pas, attaqueront par surprise ou pas ...courberont l'échine et les feront plier ...» Extrait récits anodins Sentinelle write in progress 2013

« Elle a couru si vite, il l'a rattrapée. Elle a couru il l'a empoignée. Elle a couru il l'a plaquée au sol. Elle couru il l'a stoppée. Elle n'a rien dit, il l' a embrassée. Elle court encore ...» Extrait des récits anodins Sentinelle write in progress 2013

« C'est dans un inattendu incongru qu'ils ont conversé, anodins, anodines, les trucs et choses de la vie les ont rapprochés l'air de rien comme ces petits riens du matin. De la banalité au je t'embrasse la voix les a happés, leurs mains se sont effleurées ... Il a tenté elle n'a pas bougé, juste frissonné. Il l'a serrée elle n'a pas bougé juste elle s'est courbée. Il l'a étreinte elle l'a inondé de son intime...Elle lui dira un jour ce qui l'a traverse, elle donnera sans pudeur sa voix, son souffle et le reste cru, doux, érotique, fantasmagorique au delà du mot.» extrait des Récits anodins Sentinelle work in progress 2013

« La jupe sera pour une fin de semaine ensoleillée légère sous la bise, cheveux aux 4 vents torse en avant seins qui pointent elle remontera doucement sur ses cuisses l'air de rien ... pour le moment elle se garde au chaud vu le temps ... Elle t'embrasse d'un intime suave » Extrait des récits anodins Sentinelle write in progress 2013

« Dentelle et transparence haut de cuisse et échine l'intime se trouve aussi dans l'aine ce petit creux propice aux souffles. » Extrait des récits anodins Sentinelle write in progress 2013

« Ebouriffée mal réveillée, elle a sauté du lit. Elle a enfilé une robe légère, mis ses talons et est descendue à 7h15 le chercher. L'envie était si forte qu'elle le sentait dans son ventre. La porte était encore fermée quand elle est arrivée alors en fredonnant elle a attendu quelques minutes. Elle imaginait son odeur, son goût, sa délicate peau dorée. Enfin l'effluve l'envahit, elle le voit il sent bon, il est chaud. Elle le saisi et l'emmène dans un bonjour. Ils montent chez elle tous deux fait l'un pour l'autre. Le café est prêt. Elle le dépiaute, le déballe, le hume. Il est sexy, il est doré à souhait, sa peau est sucrée juste comme il faut, elle croque. Le chocolat enrobé fond dans sa bouche, elle boit son café il est 7h29 c'est fou comme un pain au chocolat sortant du four peut être sexy.» Extrait des récits anodins Sentinelle write in progress 2013

Le Naaba Julie Perin plasticienne

Le Naaba Julie Perin plasticienne

Le Naaba Julie Perin plasticienne

One Comment

  • Michel dit :

    Très bonne article, l’artiste a vraiment du talent

    merci pour la faire connaitre sur Web
    Michel 🙂

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