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Jean Rosset, outsider art

En rencontrant Jean Rosset, outsider art, c’est un homme de près de 80 ans qui m’a reçu, l’esprit alerte et une vie bien remplie. C’est grâce à sa tronçonneuse qu’il a parcouru le monde.

Petit clin d’œil, en terre vaudoise, Jean Rosset est le surnom donné au soleil. Et nous ne sommes pas loin des amis vaudois.

Jean Rosset, outsider art

Il y a plus de 10 ans que je connais les sculptures de Jean Rosset, outsider art. Mais personne ne m’en avait informé !

Jean Rosset, outsider art, l’homme de la montagne

Il habite sur le bord de la route qui mène au col des Mouilles, un lieu de départ en montagne assez fréquenté. Quelques-unes de ses sculptures sont posées au bord de la route et on ne peut les manquer. Jean Rosset, outsider art habite la maison où il est né en 1937, la maison où sont nées plusieurs générations de montagnards. Sa famille habite dans ce coin depuis plusieurs siècles, tant du côté maternel que paternel.

Les murs de sa maison laissent apparaître des pierres brutes, même à l’intérieur. Il y a aussi des « cailloux » partout, posés par terre à l’entrée sur le palier, sur les pierres qui dépassent du mur. Il y a des cristaux de quartz un peu remarquables, des pierres ramenées de ses voyages.

Jeune, vers 25 ans, il a travaillé dans un centre « social » à Sainte Agnès, il a participé à la construction. Jean Rosset participait à l’accueil des personnes, leur proposait des sorties en montagne et déjà des activités autour de la peinture et de la sculpture après avoir suivi des stages d’animateur. Que soit la maçonnerie, l’animation, l’accompagnement en montagne, Jean Rosset a appris « sur le tas ».

Jean Rosset, outsider art
Jean Rosset, outsider art
Jean Rosset, outsider art
Jean Rosset, outsider art

Initialement, ce foyer recueillait des sans abris puis des femmes en difficulté pour devenir actuellement un foyer de « Notre Dame des sans-abris ».

A l’époque, la réglementation était nettement plus légère que de nos jours et il a emmené les adolescents au lac de Crop, au lac Blanc, a fait passer les plus motivés sur le petit glacier de Freydane et jusqu’à la Croix de Belledonne.

Jean Rosset, outsider art me parle longuement de ses montagnes et fait souvent référence à la carte géologique de la région. Il me rappelle qu’au temps de la dernière glaciation, la vallée du Grésivaudan était un énorme glacier qui montait à près de 2000m d’altitude alors que Grenoble est à 200m. Au pas de la Coche (1989m) on trouve des pierres qui ont été roulées par le glacier, ce qui signifie que la glace passait même de l’autre côté.

Jean Rosset me précise que les falaises de la Chartreuse ont été façonnées par le glacier, le calcaire étant relativement tendre.

Les granites que l’on trouve près de Sainte Agnès ont en fait été transportés depuis les Sept Laux par les glaciers. Jean Rosset préfère les pierres brutes plutôt que les pierre plus ou moins arrondies par le passage du glacier.

Son fils est devenu professeur d’art plastiques et sa fille accompagnatrice en montagne (avec le diplôme cette fois !). Ils ont chacun repris une des passions de leur père.

Jean Rosset, outsider art
Jean Rosset, outsider art
Jean Rosset, outsider art
Jean Rosset, outsider art

Jean Rosset, outsider art et artiste reconnu

Il a été à l’école, un peu, juste ce qu’il faut mais l’école l’a quitté quand il avait 14 ans. On lui avait quand même dit qu’il était « bon en dessin ». Enfant, Jean Rosset, outsider art a eu le désir de reproduire ce qu’il voyait. Puis quand il est venu à la photo, cette technique le satisfaisait quand au réel. Restait cependant le désir de créer et d’explorer d’autres techniques.

Jean Rosset, outsider art a commencé de manière très classique avec de la peinture sur chevalet par des paysages de montagne, des personnages.

Son cousin lui a acheté sa première tronçonneuse et c’est comme ça qu’il a débuté à tailler les troncs d’arbres. Initialement, il l’a utilisée pour dégrossir la sculpture mais a rapidement apprécié le rendu brut que cela donnait ainsi que la rapidité d’exécution.

Sa première sculpture n’a pas même été poncée. Quand Jean Rosset, outsider art utilise la hache ou la tronçonneuse, il ne revient pas dessus. Il me dit aimer ce côté brut.

Jean Rosset, outsider art
Jean Rosset, outsider art
Jean Rosset, outsider art
Jean Rosset, outsider art

Avec le temps, Jean Rosset s’est d’avantage intéressé à la forme initiale du morceau de bois ou de pierre. Il ne sait pas expliquer clairement ce qu’il cherche mais il faut que « ça lui parle » et il aime intervenir de moins en moins. Il précise qu’il est à l’opposé d’une démarche utilisant un bloc de bois ou de pierre quelconque pour en faire émerger une forme. Il cherche au contraire une pièce « qui déclenche l’envie de compléter », me dit-il. La forme est déjà présente et il ne fait qu’en appuyer les traits, la mettre en valeur. « J’essaie d’avoir une forme de collaboration avec les formes naturelles ».

C’est pour cela que Jean Rosset, outsider art ne travaille plus la pierre, parce qu’il ne trouve plus facilement des formes qui l’intéressent. Et les ramener de la montagne n’est pas simple !

Il utilise souvent du granit, du gneiss, il n’en achète jamais puisque tout est devant lui dans les montagnes.

Pour la pierre, il utilise une disqueuse mais il y a un moment qu’il ne travaille plus la pierre.

Les œuvres de Jean Rosset, outsider art lui ont permis de voyager : deux fois en Argentine, au Venezuela, au Québec, Finlande, Norvège, États-Unis (Milwaukee), Russie.

Des symposiums auraient été possibles au Japon et en Chine mais le financement du voyage a manqué.

Son travail lui a aussi permis de faire de la sculpture sur neige. Alors qu’il était novice, il a remporté avec ses deux camarades le second prix au Québec. Il s’est entrainé sur la neige qui tombait de son toit avec sa pelle. Avant de la déblayer !

Au Québec, la « compétition » se déroulait face au public et était par saoul arrivé le soir et les plus éméchés jetaient des bouteilles. L’équipe a par conséquent préféré travailler de jour quand les autres cuvaient leur alcool !

Je demande à Jean Rosset, outsider art comment il a déplacé ses troncs d’arbres dont certains pèsent deux tonnes ! Il m’indique que « c’est la musculation » !!! Plus sérieusement, après avoir choisi ce qui l’intéresse et l’avoir fait couper à la bonne dimension, il s’arrange avec des camions grumiers. Maintenant, il a un tracteur qui lui permet de travailler des objets jusqu’à 1 tonne.

Mais quand une commande lui a été passée pour que quartier de la Bajatière à Grenoble, il a fallu organiser un convoi exceptionnel avec le camion grumier. La longueur était hors des standards mais ne pesait que 1 tonne !

A cette époque, Jean Rosset, outsider art ne peignait pas ses œuvres et celle de Grenoble a dû être enlevée. L’eau rentre en particulier par les fissures du haut et le bois pourrit. Aujourd’hui il les peint et l’opération doit être répétée tous les deux-trois ans. Mais finalement, il aime quand ses sculptures s’encrent à nouveau dans le sol, quitte à s’abîmer.

En extérieur, il utilise souvent de gros châtaigniers dont les gens ne savent pas trop quoi faire parce que ce n’est pas un bon bois de chauffage. C’est un bois qui pourri peu à cause des tannins. Ce bois est d’ailleurs utilisé pour les piquets des barrières. Il taille parfois ses sculptures pour qu’en tapant dessus avec une grosse clef, par exemple, elles soient sonores. Chaque entaille donne un son différent… selon un accord sur une gamme aléatoire !

Jean Rosset n’a guère vendu ses œuvres, notamment parce qu’il n’a pas voulu dépenser d’énergie pour ça. Certaines commandes consistaient à faire des sculptures figuratives comme des indiens mais il a voulu persister dans son style. Aujourd’hui il a donc un stock important sur son terrain et dans sa grange.

Sa première exposition (environ 40 sculptures) a eu lieu dans une MJC très récente à Grenoble grâce à des personnes qu’il avait connu par ses activités auprès des jeunes. Puis d’autres MJC de la région ont fait appel à lui. Il a aussi été sollicité pour exposer lors de la Foire de Grenoble, certaines sculptures sont même restées 2 ans. C’est là que Alain Bourbonnais ( créateur de la La Fabuloserie et l’atelier Jacob) a repéré le travail de Jean Rosset. L’année suivante, le Musée d’art moderne a fait une exposition « les singuliers de l’art ». L’affaire était lancée.

Jean Rosset, outsider art
Jean Rosset, outsider art
Jean Rosset, outsider art
Jean Rosset, outsider art

Tentative d’analyse de l’œuvre de Jean Rosset, outsider art

Ici, il est clair que je prends le risque de voir fleurir les commentaires ci-dessous contestant vigoureusement, complétant, corrigeant ! Mais c’est très bien ainsi, ça enrichit le débat.

Sous ses airs de paysan de montagne, de vieux monsieur, Jean Rosset, outsider art est un homme à l’esprit vif et bien plus cultivé qu’il ne le montre.

Jean Rosset, outsider art vit dans un univers lithique (j’ai un faible pour les mots peu usités, ça fait savant). J’ai passé environ 2h avec lui et nous avons bien dû passer 40mn à parler des montagnes et des cailloux.

Mon sentiment est qu’il travaille le bois plus par commodité de poids et de facilité à tailler dedans. Pourtant, son travail ne me semble pouvoir être compris que si l’on regarde les montagnes devant sa maison. Même si l’altitude ne dépasse pas 3.000m, elles sont massives. Dès que l’on monte un peu, elles sont déchiquetées, anguleuses. Jean Rosset, outsider art aimait monter dans ces endroits et ses œuvres y font écho : elles sont brutes, anguleuses, plus ou moins déchiquetées. De plus les arbres utilisés viennent de là.

Peut-être que les randonnées en montagne lui ont aussi donné l’énergie qui l’anime encore à près de 80 ans.

Par ailleurs, Jean Rosset aime que ses sculptures de bois soient ancrées dans le sol, même si ça accélère la désagrégation. Comme ce qu’il est lui, ses sculptures sont ancrées dans le sol, dans la nature, sans ses montagnes. Presque une forme de spiritualité non formalisée des sociétés anciennes. Mais je ne voudrais pas me risquer à aller trop loin.

Pour conclure, j’ai été sous le charme de Jean Rosset, outsider art. Au delà de sa modestie, c’est un homme à la parole vive, énergique, de grande culture. Son art, lui a permis de parcourir le monde bien plus que la plupart d’entre nous, alors que sans diplôme, son destin était de rester dans ses montagnes.

Jean Rosset, outsider art
Jean Rosset, outsider art
Jean Rosset, outsider art
Jean Rosset, outsider art

4 Comments

  • Wanampi dit :

    Tout à fait extraordinaire, on pense aux moas, les statues de l’île de Pâques. Il y a quelque chose de très très primitif, vigoureux et païen dans ces sculptures… J’aime beaucoup.

    • Marc - le goûteur d'art Marc Ribagnac dit :

      Tout à fait. A mon sens, ce n’est pas sans lien avec les montagnes où il habite.
      Pourtant ce n’est pas théorisé, il fait les choses comme il les sent.

  • Gilles Fourneris dit :

    Très belles photos.

    Une exposition solo de Jean Rosset a eu lieu en 2015 au château de la Veyrie à Bernin, lieu délabré ouvert au public pour la circonstance, dont l’étrangeté para les sculptures de Jean Rosset d’une autre aura. Un DVD a été réalisé comportant entre autres un court métrage scenarisé puisant dans les mystères du lieu et des créatures de l’artiste, et une interview filmé à Saint Agnès. Le DVD est disponible, avis aux amateurs.

    Gilles Fourneris, (commissaire bénévole de l’exposition et producteur du DVD).

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