Hugues Leroy, AlchiMosaïste

Déambulation euphorisante.

C’est une belle soirée de mai, avec un vent juste frais comme il faut. Quartier des Beaux Arts de Montpellier, la Maison Pour Tous « Frédéric chope un » bon nombre d’artistes qui sont hors normes, singulièrement nôtres. La transe monte dans mon âme comme l’escalier qui mène à la salle où sont exposés certains d’entre eux. Chaque participant de ce festival m’invite au dialogue, de loin, à travers les fulgurances que ses œuvres plantent dans mon regard.

Pendant la performance de Jaqueline Chambon et son fantastique coupé de ruban inaugural, j’avais remarqué un barbu costaud, longues dreadlocks blondes et visage paisible. Hugues Leroy.

Hugues Leroy

Le Soleil Mosaïque mystique de Hugues Leroy.

A la fin de mon tour des exposants autour du micocoulier, un arbre en tout points remarquable, je me laisse attirer par les reflets au fond d’une antre un peu obscure. Le jour tombe et cet artiste a oublié d’amener son éclairage. Qu’à cela ne tienne, chacune de ses pièces brille de tous ses éclats : je suis arrivé dans la hutte d’un mosaïste, celle de Hugues Leroy.

J’admire tout de suite ses créations me concentrant sur les masques aux yeux très expressifs et littéralement mis en avant, parfois globuleux. Ils sont arrangés comme autant de planètes autour d’un soleil resplendissant. Juste à côté, un masque de deux mètres de haut et orné de trois cornes de vachettes est des plus impressionnants.

Sentant mon intérêt, l’artiste se rapproche : c’est le rasta tranquille dont j’ai parlé plus haut et il se nomme Hugues Leroy. Dans notre dialogue, le « tu » s’installe d’office, fraternel comme le « ugh » qu’échangeraient deux amérindiens ou le « hug » de deux afroaméricains.

Hugues Leroy

Hugues Leroy : Ethique et Baroque, Punk et Ethnique

Hugues Leroy est psychologue à mi temps pour l’état belge. Il a travaillé dans les prisons auparavant. A ses côtés, sa compagne Pascale, photographe éprise de graffitis, avec qui il forme « un couple stable ». Leur fille Loris leur a donné deux petits enfants. Ces informations m’ont été fournies par Hugues Leroy lui même. Le fait qu’il ait jugé bon de me les donner reflète à mon sens la noblesse et la confiance tranquille de cet homme.

Hugues Leroy a travaillé pendant dix ans sur les murs de sa maison. Il a également fait de la salle de bain de sa fille un chef d’oeuvre admiré dans plusieurs pays comme la Chine et la Turquie. Cela fait cinq ans qu’il s’est mis à faire des « mozaïques transportables ».

Au cours d’une récente interview télévisée, il a affirmé : « c’est déjà politiquement incorrect de recycler », il se considère comme punk et brandit son art comme une protection contre la société qui nous pousse à consommer toujours plus, à travers la publicité et l’obsolescence programmée des objets.

La récupération est la base de son acte créateur : dans les brocantes, les vides greniers, chez Emmaüs « à côté de chez lui » ou encore à côté des poubelles, il paraît qu’il a accumulé assez de matériel pour créer « pendant dix ans. »

Hugues Leroy m’explique en détail la façon dont il a créé « le Bouclier ». Une tringle à rideau de deux mètres, puis un ovale pointu tracé autour sur un panneau de bois et découpé à la scie sauteuse. Une brosse de balayeur de rue lui a fourni les crins. Puis des cornes, ôtées sans doute à des vachettes pour éviter qu’elles se blessent entre elles. Fantastique bouclier africain ! Les fragments, toujours de la vaisselle, du bois ou du métal de récup’, dessinent un masque, un soleil. La géométrie contenue dans cet objet, renforcée par des cercles de métal qui en marquent le pourtour, son côté tribal et harmonieux font directement écho à mes propres goûts esthétiques. Nous discutons de la symbolique du bouclier, seul objet guerrier ayant pour fonction de préserver la vie…

Pour les beaux Toucans, symboles de la forêt amazonienne, il les a façonnés sur des perroquets en bois. Un autre masque est constitué d’une calebasse (l’Afrique encore) posée sur un socle de cuivre finement ouvragé. « Mes influences principales, pour te résumer, sont l’Ethnique et le Baroque. »

Une fois que cela m’est dit, tout son travail gagne en lisibilité et en profondeur. Je lui livre mes impressions : « tu fusionnes deux types d’art correspondant à des époques, des lieux, des sociétés différentes voire diamétralement opposées : le baroque européen et l’ethnique du monde non européen. L’art « raffiné » des colons et l’art « primitif, brut » des colonisés. » Je trouve que, dans un geste d’amour, il capte la beauté inhérente à ces deux types d’expression et les fond dans une forme nouvelle. Conçue avec une technique de puzzle, chaque œuvre mélange, recrée, assemble des réalités, des choses du passé que nous contemplons à présent et qui deviennent notre futur. Le recyclage est l’avenir de l’humanité, non ?

Hugues Leroy

L’Alchimie de l’Art de Hugues Leroy

Psychothérapeute, l’Art est sa méthode personnelle pour se « réénergiser », pour regagner toute la force consacrée à l’écoute de ses patients. Et encore une fois ses paroles éveillent en moi des échos. Les gestes répétitifs de l’ « Art-Tisane à », apaisants, comme une méditation, une sanation, je les pratique également. Les mots sont encore plus parlants en espagnol : l’artisan se dit « arte-sano », l’art sain.

Pourquoi le port des dreadlocks ? Est il rastafari ? « Non, me dit-il, le punk est vraiment ma musique préférée, le reggae n’arrive qu’en troisième position ». Il aime l’esthétique de ce style capillaire, dont il a pourvu presque tous ses masques d’ailleurs ! Ah, j’en aperçois un qui a des éponges en limaille de fer tout autour du visage. Ce côté rock, à part les tatouages qui couvrent ses bras, on le retrouve aussi dans les têtes de mort ou le masque d’Iggy Pop figurant parmi ses œuvres.

Notre conversation pourait durer des heures, tant Hugues est amical, posé et ouvert au dialogue mais il se fait tard et on m’attend. Comme par magie, un exposant vient lui prêter deux spots qu’il installe. Je lui demande alors de poser assis devant son soleil, qui lui fait une auréole et à côté du bouclier. Ma photo est prise, elle me semble immédiatement s’être chargée d’un symbolisme à la fois clair et discret, comme si notre dialogue était passé dans un complexe réseau alchimique avant le filtre de l’objectif.

Nous nous séparons en nous promettant de continuer nos échanges via les réseaux sociaux. Une connexion de plus qui me fait savourer l’existence sur notre petite planète et me confirme le bien-être que j’éprouve à voguer dans les galaxies de l’Art…

Guide de l'amateur d'art

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