Esthétique et marché de l’art

By 24 juin 2016Actualités

Comment se passe la transition entre la valeur esthétique et le marché de l’art ? Le regard des économistes permet de voir d’autres aspects.

Cet article s’appuie largement sur les travaux de Nathalie Moreau chercheuse en économie à université de Montpellier et qui a publié « le marché de l’art contemporain ».

Avant le marché de l’art : le statut de l’artiste

Un peu de vocabulaire : la formation est l’acquisition de compétences, de savoirs faire et la socialisation est l’intériorisation de normes de comportements.

Sous la corporation : c’était des artisans qui produisaient sur commande. De formation et socialisation élevée, il fallait 13 ans de formation et il fallait être inclus dans le système de corporation. La qualité des œuvres dépend de la qualité des matériaux (nobles ou coûteux) et du respect des règles de création. Ex. bleu outremer par rapport bleu allemand. A cette époque beaucoup d’œuvres n’étaient pas signées, l’auteur de l’oeuvre importait peu.

Sous l’académie c’est devenu un savant, un membre de l’institut qui connait les règles du beau. De formation solide et socialisation élevée. L’artiste apprend les règles du beau. Bourdieu rapproche les beaux-arts de nos grandes écoles actuelles. L’étalon du beau a évolué mais de nombreux traités d’esthétique permettent de comparer une œuvre à son étalon.

Roger de Piles met au point méthode « scientifique » pour évaluer la qualité d’une œuvre à la composition, le coloris, le dessin et l’expression. Ces termes peuvent sembler vagues aujourd’hui mais correspondaient à des choses très normalisées à cette époque.

Actuellement : un artiste ou un créateur. La formation importe peu mais la socialisation est élevée. Yves Michaud parle de deux productions qui se ressemblent fort mais l’une est artistique l’autre pas, parce que l’un a été formé et se revendique comme artiste. L’artiste s’autoproclame comme tel et une réalisation devient une oeuvre si on la déclare comme telle. Marcel Duchamp a d’ailleurs poussé la logique à son terme en prenant un urinoir venant de l’industrie et en le signant. A partir de ce moment, c’est une oeuvre.

Aujourd’hui il n’y a plus d’étalon. C’est plutôt l’originalité qui fait la qualité, il faut apporter quelque chose de nouveau, il doit y avoir une démarche particulière de l’artiste à caractère innovant. C’est une inversion de perspective. Chaque artiste doit construire sa propre démarche.

Méthode actuelle de classement des artistes : le Kunst Kompass (boussole de l’art) de Willi Bongard. On donne des points à des institutions, des évènements, des revues, etc. Si l’artiste est présent dans un de ses éléments, on lui attribue des points. C’est critiquable mais la démarche est intéressante : l’attribution de la valeur vient de la légitimation extérieure des experts.

Comment on passe de la corporation au marché de l’art ?

L’académie favorise les grandes fresques mais personne n’achète…

Jusqu’au milieu 19°s reproduction du réel (portraits) permet de faire vivre les peintres, même si cette pratique est considérée comme dévalorisante.

C’est à ce moment que l’académie est fragilisée. L’invention du tube en métal et les progrès des transports permet de peindre en extérieur. La photographie concurrence la reproduction du réel et met fin aux débouchés économiques des peintres.

Les critiques sont violentes. C’est à ce moment que l’acte singulier devient important par rapport à la copie. La peinture doit se réinventer ou disparaitre.

C’est là que sont apparus les marchands et le marché de l’art. A partir du moment où il y a un décalage, il faut une instance de légitimation. C’est le marchant qui repère la nouveauté qui se trouve partout et la légitime.

On passe d’un marché d’œuvres à un marché d’artistes. Ce qui fait la qualité c’est la démarche d’artiste, une œuvre n’a pas de valeur en soi, c’est l’ensemble qui fait œuvre. C’est exactement ce qu’a fait Roman Opalka, il a peint des nombres. Esthétiquement, il faut être honnête, l’intérêt est nul mais la démarche est très intéressante.

On passe à une convention d’originalité.

Comment on construit le concept l’originalité ?

Il y a de nouvelles instances de légitimation : conservateurs, commissaires d’exposition, les marchands, les collectionneurs, les critiques.

Il devient primordial de créer un petit évènement historique : entrée dans un musée, catalogue… Ces petits évènements font rentrer l’artiste dans l’histoire. Au début du XX°s c’est le couple critique, marchand d’art qui est l’instance de légitimation. A partir des années 1960 de sont les commissaires d’exposition et les conservateurs.

Syndrome Gustave Caillebotte : peur de rater quelque chose d’important. Alors on a tendance à accepter un maximum de donation. Dans un musée français une oeuvre est un bien inaliénable : la supériorité institutionnelle du conservateur engendre une prophétie auto réalisatrice.

Le marché de l’art. Castelli est une figure emblématique dans les années 1960. Il a mis en place des méthodes qui ont internationalisé le marché (friendly gallery qui permet de représenter l’artiste dans plusieurs pays). Le catalogue est un petit évènement et le marchand entretien des liens avec les critiques et les conservateurs. Il fait un travail de passage. Un marchand peut créer un courant.

Les grands collectionneurs (Saatchi, Pinaud) : font la même chose que les conservateurs, créent parfois des musées, catalogues, sont largement présents dans les board des musées, prêts aux musées.

Les critiques sont très lié aux marchands au début du siècle.

Le rôle d’une instance seule n’est pas déterminant mais c’est la conjonction des éléments qui devient déterminant. Le mécanisme se renforce de lui-même. Plus il y a d’évènements pour un artiste, plus on fait référence à lui.

Comment se fixe un prix dans le marché de l’art ?

On est dans le marché à partir du moment où les oeuvres se vendent.

Si on achète, on n’a pas envie que demain ça ne valle plus rien. Le collectionneur veut savoir si l’artiste a des certificats de qualité ? (CV de l’artiste, c’est ce que les gens regardent sur une foire, c’est bon à savoir).

L’information médiatique : des bruits, des rumeurs , « cet artiste est important », un prix, effets de mode, starification (people : tel artiste vit avec la chanteuse Björk).

Classiquement, en économie on considère que sur un marché, quand on accorde beaucoup de poids à une information objective (artistique) et que peu de gens imitent, dans ce cas l’imitation est efficace. La hiérarchie des prix est la même que la hiérarchie artistique.

Si l’information médiatique prédomine, il y a déconnexion de la valeur artistique et de marché (ex. les artistes chinois achetés par les nouveaux millionnaires chinois). On arrive à la spéculation.

Le rôle des marchands sur l’art contemporain est de brouiller les piste pour mieux vendre.

Exposition sensations : la collection Saatchi a été exposée au Brooklyn Museum. Le maire de NY menace de retirer les subventions si on ne retire pas une œuvre, ce qui crée une information médiatique. Ensuite tout se vend mais… on apprend que l’expo avait été financée par Saatchi.

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