Dominique de Serres, lissière, école d’Aubusson

Un voyage dans le Trégor m’a donné l’occasion de rencontrer Dominique de Serres, lissière, école d’Aubusson. J’ignorais la signification de ce mot : lissière. C’est pourtant un métier qui eut son heure de gloire et qui fut recherché. Allez, je vous aide, il parle de tapisserie.

Dans sa famille, les femmes sont couturières, c’est comme ça : la mère, la grand-mère, la tante. Dominique de Serres, lissière, école d’Aubusson a eu la chance que sa mère accède à ses envies et lui permette d’apprendre toutes sortes de techniques : rotin, perles, feuterie et bien d’autres choses. La famille n’était pourtant pas fortunée et il y avait 4 enfants.

Dominique de Serres, lissière, école d'Aubusson

Son père lui a dit « passe ton bac d’abord ». Il aurait voulu qu’elle soit secrétaire mais ce n’était pas l’ambition de Dominique de Serres.

Originaire de Paris, ses parents avaient acheté un maison de campagne à Trébeurdun, dans le Trégor. C’était son espace de liberté.

Au moment de choisir un métier, c’était soit la broderie, soit la tapisserie. La broderie signifiait Venise mais ça lui semblait le bout du monde. Après deux ans aux Gobelins à Paris, ce fut la campagne à Aubusson. Jolie petite ville mais la seule activité possible était le bistrot. Elle est restée une jeune fille sage.

Le premier jour d’école, elle a été mise sur un métier à tisser et à midi Dominique de Serres, lissière, école d’Aubusson a dit « je veux faire ça toute ma vie ».

L’école d’Aubusson est maintenant fermée. La formation de lissière durait 3 ans avec 40 heures de tissage par semaine (on n’était pas encore aux 35h hebdomadaires !). Tous les matins 4h plus le lundi après midi. Avec de l’histoire de l’art, du dessin, etc.

Mais s’il y avait des cours de types beaux-arts, c’est premièrement une école pratique.

Dominique de Serres, lissière, école d’Aubusson a adoré ses années d’études à tisser.

Quinze personnes sont sorties de la promotion et deux avaient du travail à la sortie. Elle a donc cherché à travailler dans la restauration. Dominique de Serres, lissière, école d’Aubusson a travaillé ainsi à partir de 1981 et pour 15 ans chez Chevalier Conservation à Courbevoie, après 6 mois de formation. C’est un des deux gros ateliers parisiens.

Les dames qui faisaient de la restauration, paradoxalement, ne connaissaient rien à la tapisserie. C’étaient des ouvrières embauchées à 16 ans. Par contre, la restauration de tissu demande une formation beaucoup plus poussée. En tapisserie, il faut simplement croiser des fils. La difficulté est dans le choix des couleurs.

Rentrée en juin 1981, elle a acheté un métier à tisser dès janvier 1982, il est vieux d’environ un siècle. Dominique de Serres, lissière, école d’Aubusson se levait tôt à 4h du matin pour tisser de 5h à 7h. Elle était à l’atelier de restauration de 8h à 16h. De retour, elle tissait jusqu’à 20h.

Dominique de Serres, lissière, école d’Aubusson nous explique son art

Elle ne part pas d’un tableau mais d’une maquette pensée pour la tapisserie parce que certaines choses ne sont pas techniquement réalisable. On travaille plus en masse qu’en détail.

Ensuite on quadrille la maquette et vient l’agrandissement. Il peut être retravaillé et discuté avec l’artiste si des problèmes techniques se posent, si des retouchent apportent un meilleur rendu pour la tapisserie finale : simplifier ou détailler certaines zones. Le travail préparatoire dure environ un mois avant le tissage proprement dit.

Les fils de trame sont en coton et les fils utilisés pour le tissage, en laine.

Dominique de Serres, lissière, école d’Aubusson insiste beaucoup sur sa qualité « d’interprète ». Elle ne crée pas l’oeuvre mais exactement comme pour une traduction littéraire, elle doit intervenir pour que le résultat final soit satisfaisant. A l’origine c’était un travail d’ouvrier où les personnes exécutaient simplement ce qui était demandé.

Aujourd’hui les couleurs chimiques sont réputées stables dans le temps. Mais il est difficile de trouver des couleurs et il faut trouver vieux stocks et bricoler en mélangeant les couleurs. Dominique de Serres, lissière, école d’Aubusson a un stock d’environ 1.000 couleurs.

Un courtier en teinture a proposé à Dominique de Serres, lissière, école d’Aubusson de travailler pour le peintre Roger Lersy et de lui faire une tapisserie. Le deal était une tapisserie contre une publicité dans un journal. En 1983 elle a rencontré Bernard Louedin. Ils sont fait des tapisseries… et se sont mariés !

Comme pour les sculptures, il est possible de  faire 8 numéros, plus deux épreuves d’artiste. Mais Dominique de Serres, lissière, école d’Aubusson n’en fait une seconde que lorsqu’elle a vendu la première. Elle conserve les couleurs pour les prochains numéros. Chaque tapisserie comporte la signature de l’atelier et de l’artiste.

Actuellement, il n’y a pas de débouché. Les gens pensent parfois qu’elle peint sur tissus. Le public pense aux tapisseries des châteaux mais ne fait pas le lien avec des tapisseries modernes.

Une tapisserie coûte entre 6 et 8.000€.

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