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Définir l’art a-t-il du sens ?

L’art pour l’art est une chose récente.

Le Larousse dit que l’art est : « création d’objets ou de mises en scène spécifiques destinées à produire chez l’homme un état particulier de sensibilité, plus ou moins lié au plaisir esthétique ».

Ce n’est pas son rôle, mais le dictionnaire ne prend pas de risque et nous ne sommes guère avancés.

Définir l’art a-t-il du sens ?

Dans les temps préhistoriques, nous avons un grand nombre d’artéfacts que nous nommons aujourd’hui des œuvres d’art. Pour les « artistes » de l’époque il est assez probable que cette notion, ce concept n’existe même pas.

A une époque on a décidé de mettre en place des académies, pour les sciences, les lettres et les beaux-arts. Elle définissaient ce qui est du domaine de l’art ou pas. Ce qui est beau ou pas.

Les philosophes, à commencer par Platon on longuement parlé de l’esthétique. En gros, l’esthétique équivaut au beau[1] et pour Socrate le beau et le bien sont même mêlés. Platon, son élève, ne conçoit pas le beau comme quelque chose de seulement sensible, mais comme une idée.

Quelques définitions :

  • Aristote : “L’art (techne) est une certaine disposition accompagnée de règle vraie, capable de produire (Ethique à Nicomaque)
  • Kant :
    • “L’art se distingue de la nature comme faire d’agir ou effectuer en général et le produit ou la conséquence du premier, l’ouvrage se distingue de même des effets de la seconde. L’art, habileté de l’homme, se distingue aussi de la science (comme pouvoir de savoir) (Critique du Jugement)
    • “Les Beaux-Arts sont les arts du génie” (Critique du Jugement)
  • Schopenhauer : “L’art est contemplation des choses, indépendante du principe de raison” (Le Monde comme Volonté et comme Représentation)
  • Nietzsche : “L’essentiel dans l’art, c’est qu’il parachève l’existence, c’est qu’il est générateur de perfection et de plénitude. L’art est par essence affirmation, bénédiction, divinisation de l’existence” (La Volonté de Puissance)
  • Heidegger :”L’essence de l’art, c’est la vérité se mettant elle-même en oeuvre” (Chemins qui ne mènent nulle part)

Pourtant, au XX° siècle, l’art n’est pas forcément beau. « Beau » est même un reproche, presque une insulte pour certains courants.

A l’opposé je me souviens de Maurice André, grand trompettiste classique du XXème siècle, qui disait lors d’une émission du Grand Echiquier que la musique contemporaine était du bruit. Que dire de Messiaen, Xenakis, Dutilleux ? Même si ce n’est le genre de musique que l’on aime, qui dirait que c’est du bruit ?

A l’heure de la liberté du citoyen, de la liberté d’expression, chacun proclame ce qui est de l’art. Duchamp pose un urinoir (je n’ai jamais su s’il était neuf ou usagé…) et déclare que c’est de l’art parce qu’il l’a signé. Est-il sérieux ? Se moque-t-il ouvertement de nous ? En tous les cas, il nous questionne.

Pour le commun des mortels, dont je fais partie, l’art a tout de même à voir avec le beau, l’esthétique et l’émotion. L’art me semble aussi nécessiter de faire quelque chose qui n’est pas à la portée du premier venu, que ce soit par la technique, les idées, la mise en œuvre. En résumé, du talent.

Pour ne pas partir sur des considérations trop complexes, je m’en tiendrai au monde occidental.

Ce qui est fait par l’homme

Art, artisan et artefact sont des mots fortement liés. Un artisan est un homme de l’art. Jusqu’à la Renaissance, un artiste est un artisan dont le travail est exceptionnel.

On va retrouver ici tout ce qui se distingue de la nature, du spontané, du hasard. Il n’y pas nécessairement d’idée esthétique. Mais on dira d’un meuble bien réalisé qu’il est fait avec art.

Ce qu’en dit Gallien dans l’antiquité est exactement sur cette position : « l’art est le système des enseignements universels, vrais, utiles, partagés par tous, tendant vers une seule et même fin. »

Celui qui peint une église au moyen âge est un artisan, c’est le regard moderne qui en fait un artiste.

Bibliographie philosophique :

  • Art, Dictionnaire de philosophie, Noëlla Baraquin (dir.), Paris, Armand-Colin, 2007
  • Art, Dictionnaire de philosophie, Christian Godin, Paris, Fayard, 2004
  • Art, Dictionnaire des concepts philosophiques, Michel Blay (dir.), Paris, Larousse-CNRS, 2007
  • Art, Lexique de philosophie, Olivier Dekens, Paris, Ellipses, 2002
  • Art, Nouveau vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Louis-Marie Morfaux (dir.), Jean Lefranc (dir.), Paris, Armand-Colin, 2005
  • Art, Philosophie de A à Z, Collectif, Paris, Hatier, 2000

Quelques mots sur l’art contemporain

Il fut un temps où les amateurs d’art se référaient essentiellement aux artistes du passé. Mais ils veulent maintenant découvrir, fréquenter les artistes de leur temps. Les créateurs « d’aujourd’hui et de maintenant ». D’ailleurs, PabloPicasso disait déjà « l’art qui n’est pas dans le présent ne sera jamais[2] ».

C’est le français Marcel Duchamp qui se demandait « peut-on faire un œuvre qui ne soit pas de l’art ? » En 1915, il a décrété qu’un objet usuel retouché ou transformé ou simplement détourné de sa valeur d’usage pouvait devenir une œuvre d’art, à condition que l’artiste le signe. Ce fut le ready-made. Ce n’étaient plus les institutions (la société) qui décidaient du statut et de l’intérêt d’’une œuvre mais l’artiste. Ce qui provoqua un énorme scandale !

Par contre les mécènes new-yorkais de Duchamp ont adoré cette rupture ! Des milliers d’artistes se sont emparés de la démarche, avec plus ou moins de bonheur. Mais pour que cela fonctionne, ces œuvres doivent rencontrer l’attente des « accros » de l’art, être acceptées et promus par des réseaux. Ceux que l’on appelle des médiateurs.

A la Biennale de Venise2007, Robert Storr avait proposé le thème « penser avec les sens, sentir avec les idées ». L’essentiel est ce que l’artiste veut dire et non ce que nous voyons. Ce n’est pas forcément beau et séduisant mais l’artiste est porteur d’une autre vocation : expliquer ce que l’on ne voit pas, rendre visible l’invisible.

Souren Melikian, chroniqueur de l’international Herald Tribune écrivait le 29 février 2008 : « Ce qui est le plus important, c’est le discours généré par l’art, pas la réalité visuelle, qui peut être d’une diversité infinie. Dans l’art contemporain, l’enthousiasme est commandé par l’esprit au moins autant que par les yeux. Cela en fait une pierre de touche extrêmement sensible, et imprévisible, à partir du moment où ce qu’il s’agit d’estimer, c’est la psychologie des acteurs du marché ».

 

[1] Pablo Picasso, conversation avec Marius de Zayas, The art, 25 mai 1923

[2] Le mot esthétique est dérivé du grec αίσθησιs / aisthesis signifiant beauté/sensation. L’esthétique définit étymologiquement la science du sensible.

Jean-Paul Doguet, L’art comme communication. Pour une re-définition de l’art, 2007

Dans une société « globalisée » qui admet de façon croissante ses fondements pluralistes, la communication est un enjeu fort du débat. L’art n’y échappe pas.

La thèse de l’auteur de l’ouvrage tient dans l’idée que l’art est avant tout communication.

Pour l’auteur, l’œuvre d’art participe en réalité à une double temporalité. Elle est un objet de l’univers physique et « constitue effectivement le produit achevé d’un processus passé et définitif. En cela elle ressemble en effet aux objets fabriqués et à toutes les réalisations de la technique, et elle appartient à une temporalité qui est celle du monde. » Mais elle participe également d’une temporalité qui ne « se définit pas par l’existence continue d’une chose dans le temps et dans l’espace, mais par la capacité constante pour un sens d’être réactualisé, découvert et même enrichi par un récepteur. »

Définir l’art a-t-il du sens ?

Quand il s’agit d’œuvres récentes, la question semble être plus simplement celle de l’effet qu’entend produire l’artiste sur son public. Le plus souvent, il s’agit surtout de déstabiliser ce public, produire une perplexité. Cette expérience se prolonge en une appréciation réfléchie. Pour qu’une expérience esthétique se transforme en véritable expérience vécue de sens, il faut une rencontre particulière entre un auteur, une œuvre et un récepteur. Le récepteur trouve dans cette expérience une forme de justification de sa propre existence qu’il doit en partie à autrui. L’on peut dire que la communication en matière d’art dépend de la capacité à partager une relation sensible, soit une culture du goût.

Cette thèse fait de l’art un média privilégié de la rencontre avec autrui. Elle oblige à reconnaître la pertinence de l’esthétique pour enrichir le débat public.

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