Ataa Oko outsider art, les cercueils et les esprits du Ghana

By 27 décembre 2016Actualités, Dessin, Peinture

Ataa Oko outsider art, un artiste du Ghana à la fois proche de la sauvagerie de l’art brut et de plein pied dans la tradition africaine.

Ataa Oko outsider art
Source : Galerie Magnin-A

En 2010, je découvre la Collection d’Art Brut de Lausanne et il se trouve qu’à cette période une exposition est consacrée à Ataa Oko.

Né probablement en 1919 c’était déjà un vieux monsieur et il lui restait encore deux années, jusqu’en décembre 2012 pour rejoindre le monde des esprits.

Ataa Oko outsider art, créateur d’une tradition de cercueils figuratifs

Bien longtemps avant de devenir Ataa Oko outsider art, il est né dans une petite ville côtière des environs d’Accra, La. Il est de l’ethnie Ga. Ses parents l’envoient travailler comme pêcheur puis dans une plantation de cacao. Il a 16 ans.

Pour être un pêcheur il faut connaître la menuiserie et savoir construire des pirogues. En 1945 il crée un premier cercueil en forme de crocodile pour le femme d’un chef, à la grande désapprobation de sa famille. Celle-ci lui disait que s’il continuait, il serait dévoré lui-même par un crocodile. En effet, dans la cosmogonie du peuple Ga, les sorcières et les démons peuvent se transformer en crocodile pour dévorer quelqu’un.

Mais Ataa Oko n’en fait qu’à sa tête et continue. Visiblement ça fonctionne puisqu’en 1951 il peut construire sa propre maison avec un atelier. Il poursuit les travaux classiques de menuiserie jusqu’en 1970 en parallèle des cercueils figuratifs.

Il lui faut subvenir aux besoins de ses 7 femmes et ses 22 enfants ! Son succès dans ses entreprises a eu pour conséquence du succès… auprès de nombreuses autres femmes.

Comme quoi faire des cercueils n’empêche pas la vitalité !

Dans une culture où le culte des ancêtres compte pour s’en assurer la protection, rien n’est trop beau au jour des funérailles.

Même si la forme a évolué, le cercueil doit rendre compte du rang social, de la profession, du clan, bref, de qui est le défunt.

Avec l’arrivée des chambres funéraires (et donc la préservation des corps dans ce pays chaud), les artisans ont le temps de construire un cercueil figuratif, autrefois réservé aux puissants.

Ataa Oko a encouragé et aidé Kane Kwei qui lui est devenu célèbre et c’est lui qui a développé cette tradition, même si Ataa Oko en est à l’origine.

Ataa Oko outsider art, dessine les esprits

En 2002, Ataa Oko n’est pas encore outsider art quand il est découvert par l’ethnologue suisse Regula Tschumi. Il a cessé toute activité depuis une dizaine d’année.

Les cercueils qu’il a produit ont été enterrés avec les défunts, nécessairement. Et il n’existe qu’une seule photo.

Pour faire avancer ses recherches, Regula Tschumi lui demande d’en faire des dessins. Passer d’une sculpture à la platitude du papier n’est pas une mince affaire.

Surtout quand la mémoire doit remonter 50 ans en arrière et qu’on a 83 ans.

Pourtant Ataa Oko prend goût à la chose et dessine volontiers.

Petit à petit ses dessins évoluent pour passer de la simple représentation de son travail passé à la représentation des réalités invisibles qui sont la substance des funérailles.

Ses dessins se peuplent d’esprits et après les cercueils, les dessins de Ataa Oko deviennent une oeuvre en soi.

L’ethnologue Regula Tschumi intervient dans le processus d’évolution. D’une part c’est elle qui fourni les crayons et le papier en grande quantité. D’autre part, elle le pousse à ce qui est dans la tête de Ataa Oko.

Les traditions et les croyances Ga se mêlent aux rêves et projections mentales. On passe de la mémoire à la création.

Faire de l’art peut être intimidant mais quand le dessin ne sert qu’à représenter un objet, il n’est qu’un instrument, un outil. Et donc, s’ouvre la possibilité de devenir plus hardi et fr rendre compte des esprits qui visitent Ataa Oko.

Sans se revendiquer tel, il devient créateur médiumnique (c’est toujours bien de placer des mots savants, ça fait sérieux !).

D’ailleurs Ataa Oko se met en retrait et dit que son don provient de Dieu. Se détacher de l’ego facilite la création et des milliers de dessins en résultent.

Ataa Oko outsider art, disait avoir rencontré de nombreux esprits. Dans les plantations de sa jeunesse, les chasseurs et les anciens lui parlaient des adope, de petits esprits de la forêt qui changent constamment de forme.

Quand il était en mer, il dit avoir rencontré Mami Water, une nymphe dangereuse à queue de poisson et longs cheveux.

Comme partout dans le monde, les couleurs ont une symbolique forte. Le rouge est associé au sang, à la guerre et plus largement au danger.

Le vert, le jaune, le rouge et le blanc ont des significations spirituelles et les prêtres s’en peignent le corps.

Par ailleurs, le syncrétisme est de mise, bien que n’étant pas chrétien, il peint souvent des croix.

Pour aller plus loin, je vous recommande la lecture du passionnant catalogue de la Collection d’Art Brut de Lausanne.

Que connaissez-vous des artistes africains ?

Si Ataa Oko est à rapprocher des artistes outsider art, il s’inscrit bien entendu dans la tradition du vaste continent africain.

Laissez-moi un commentaire pour partager ce que vous connaissez de l’art et des artistes africains.

Ataa Oko outsider art
Source : Galerie Magnin-A
Source : Regula Tschumi
Ataa Oko outsider art
Source : Regula Tschumi
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