Artiste graveur – Didier Hamey rêveur les pieds sur terre

Aujourd’hui je vais vous faire découvrir un artiste graveur dont les oeuvres sont exceptionnelles de poésie et de finesse. Ah, oui, j’oubliais, il s’appelle Didier Hamey.

Pour ma part je l’ai découvert en 2012 mais nos projets respectif ne nous ont rapprochés qu’en 2017 lorsque je l’ai enfin rencontré face à face.

Didier Hamey artiste graveur

Petite remarque liminaire à destination des dames : ne lisez pas cet article !

Didier Hamey est artiste graveur mais vous le savez déjà, c’était dans le titre. Surtout, il est un homme d’une grande sensibilité et d’un abord particulièrement doux, ce qui pourrait vous causer d’immanquables regrets.

Comment un artiste graveur était lorsqu’il était enfant ?

Né d’un père mécanicien et d’une mère comptable nous sommes a priori loin de la chose culturelle ou artistique.

Vers 11 ans il a eu le choix entre jouer au foot et faire du dessin. Il a choisi le dessin et pour des question d’horaires, il s’est retrouvé aux Beaux-Arts de Dunkerque en cours du soir avec des adultes. Il me dit « c’était génial », à l’époque on pouvait fumer dans un espace fermé et ça sentait la pipe.

A Dunkerque, les débouchés et donc les études menaient soit vers la technique, soit vers la comptabilité et il s’est retrouvé dans ce second choix. Mais vers 15-16 ans il a demandé à faire des études de dessins. Il n’avait aucune ambition artistique, il voulait juste peindre et dessiner, donc devenir peintre en lettres ce qui permettait d’en vivre.

C’est comme ça qu’il s’est retrouvé à faire ses « humanités artistiques » en Belgique, dans une école jésuite. Il a pris l’examen d’entrée en cours de route mais a réussi. Tout au long de l’entretien Didier Hamey me dit la reconnaissance qu’il a pour sa famille et l’investissement financier consenti. C’est là qu’il a découvert l’art et l’art moderne.

En fait si, il avait déjà eu contact avec l’art. En parcourant le port de Dunkerque, il s’arrêtait au Musée portuaire pour voir les batailles navales. Son imaginaire en était fortement stimulé.

Un jour il est tombé sur un tableau de Serge Poliakoff qui détonnait dans ce musée. Ce fut un choc.

Ce tableau venait d’un homme aussi fou qu’exceptionnel, Gilbert Delaine. Je vous recommande l’article en lien de Libération.

Didier Hamey me dit que dans son école en Belgique il est tombé sur ce type de doux-dingues, « des personnes complètement habitées par la passion de l’art et la passion de transmettre un humanisme par ce moyen ». Son premier contact avec Picasso l’a été par un professeur qui parlait flamant et s’appuyait sur des livres qu’il montrait. En pleine période punk, les élève se moquaient de ce prof mais petit à petit la magie a opéré. D’ailleurs, plus tard Didier enseignant la gravure, s’est aussi appuyé sur les livres pour faire passer dses choses.

Ce prof était quand même bien allumé, en allant voir une exposition de Paul Klee. Il trouvait qu’une toile était mal exposée et il l’a décrochée pour mieux la montrer aux élèves. Le système d’alarme a fait son travail et les gardiens lui ont sauté dessus. Comme il était connu on l’a pas envoyé au commissariat mais tout le temps de la visite, il a eu 3 gardiens sur le dos ! Tout en passant son temps à faire des grimaces aux gardiens.

Des profs plus allumés que les élèves c’est quand même une chance…

Dans cette école, la sélection était sévère et ne se faisait pas sur la capacité technique mais sur la motivation. Didier Hamey me dit que c’est bien parce que pour « se lancer dans la carière artistique il faut quand même être furieux ».

Après ses études, le chemin pour devenir artiste graveur

Sous ses airs de gendre idéal (mesdames, je vous avais prévenues) Didier Hamey, l’artiste graveur, vivait dans des squats parisiens. Pendant cette période il pratiquait de grands formats qu’il lie à l’égo et la démesure de la jeunesse. En s’installant dans un petit appartement, il s’est mis aux petits formats.

Un de ses professeurs aux beaux-arts lui disait, si tu veux être peintre il faut être le premier. Didier Hamey le comprend non pour l’égo mais pour l’énergie, la force, l’assurance qu’il convient de mettre.

Après l’école en Belgique, Didier a travaillé dans la publicité en précisant « pour remercier mes parents » mais avec des résultats pas du tout probants. En plus des petits boulots il exposait dans des lieux alternatifs et des restaurants. Sa mère a eu la finesse de lui conseiller de se remettre sérieusement aux beaux-arts alors qua la culture familiale était loin de tous ça. En parallèle d’un petit boulot il a suivi les beaux-arts à Paris ce qui l’a fait renouer avec le monde de la création, il m’en parle comme d’une famille. De plus, c’était une ruche et il a croisé un étudiant iranien en auditeur libre (il avait près de 50 ans) qui connaissait toute l’histoire de cette maison.

Didier Hamey a appris à devenir artiste graveur plus tard. Il me dit que dans les squats il « tartouillait » sa peinture. Il s’est intéressé au trait et aimait cette bataille avec la matière. Aujourd’hui au contraire, il considère que « le travail ne doit pas sentir la sueur, on ne doit pas percevoir que c’est laborieux ». Question de maîtrise.

D’ailleurs, aujourd’hui il me dit ne plus douter, il se sent en osmose avec ce qu’il veut montrer. Outre la maîtrise technique, il se sent en cohérence.

Aujourd’hui il vit en pleine campagne et le dit que ce qui lui manque de plus de Paris, c’est son fils, qui vit là bas. Pourtant à l’époque il a beaucoup aimé cette ville, il se promenait la nuit. La campagne correspond au temps, au silence nécessaire à la création.

Didier Hamey, l’artiste graveur, me raconte comment il a rencontré sa compagne. Un ami lui indique une exposition en précisant que le travail de l’artiste correspond tellement au sien qu’on dirait sa soeur. Didier craque sur son travail puis la perd de vue. Deux ans plus tard, une personne d’un centre culturel organise une exposition du travail de Didier et trouve une artiste dont les oeuvres correspondent bien au sien. Il se trouve que c’est cette artiste qu’il avait rencontrée il y a quelques années. Il tombe amoureux des oeuvres. La suite leur appartient.

A la sortie des beaux arts, Didier, maintenant artiste graveur, a participé à une exposition qui a très bien fonctionné. C’était un encouragement pour faire de l’art sa vie.

Pour sortir de sa période de squats, Didier Hamey a posé sa candidature auprès de la mairie de Montreuil qui cherchait des artistes pour des baux précaires ce qui permet d’occuper des logements vides et de sortir les artistes des squats. De vivre de manière plus stable et organisée il a regardé son travail complètement autrement, il a beaucoup progressé. C’est à Montreuil qu’il a rencontré sa première galeriste qui visitait les ateliers. Cette fois l’exposition a fait « un zéro pointé ». Pas découragée elle lui a proposé une seconde exposition et son premier catalogue avec un poète. A partir de là Didier partait sur une bonne base et ça fait boule de neige. La seconde exposition a fait un carton !

Aujourd’hui Didier n’est pas Crésus mais vit de son art. Avec en plus sa compagne et ses enfants, il est heureux.

 

Une question pour vous

La gravure n’est plus un art courant et pourtant quand elle passe de l’utilitaire à l’art, elle procure de belles émotions.

Est-ce un art que vous connaissez, même un peu ? Si oui, que connaissez-vous de la gravure ?

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