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Art plastique : Laurence Cappelletto installe sans concession

Nous allons découvrir l’art plastique de Laurence Cappelletto et comment elle a cheminé de l’entretien des chevaux aux installations artistiques.

art plastique Laurence Cappelletto

C’est lors du Festival Singulièrement Vôtre que j’ai rencontré Laurence Cappelletto à Montpellier mais j’avais déjà croisé son art plastique lors de la Biennale Hors Normes (la suceuse  de limaces). Pris sur le festival j’ai complètement oublié notre rendez-vous mais elle ne m’en a pas tenu rigueur et nous nous sommes entretenus quelques heures plus tard !

Laurence Cappelletto petite fille avant l’ art plastique

Son père était promoteur immobilier et il avait du succès dans ses affaires.

La famille (recomposée avant que ce terme devienne courant) comptait 8 enfants. Laurence était la petite avant dernière.

Avec le succès, son père a pu se permettre d’élever des chevaux et ce fut une grande passion de Laurence Cappelletto. Les animaux était omiprésents et le sont encore dans son travail. Laurence me dit que son père était du genre fantasque… et les chiens ne font pas des chats. Laurence a poursuivi l’oeuvre de son père sur ce point, en menant une vie pas ordinaire, mais alors pas du tout. Laurence fait souvent référence à son père, qui s’est créé une excellente situation financière à partir de rien et dont le côté fantasque était lié à un fond artistique qui s’exprimait ainsi… mais pas forcément adapté au quotidien familial. Si la relation entre ses parents a été parfois orageuse, Laurence me dit qu’ils étaient très amoureux.

A 7 ans elle a été dans une école de bonnes soeurs mais le qualificatif « bonnes » est un oxymore. La petite Laurence a fait de son mieux pour croire à l’histoire religieuse qu’on lui racontait mais les comportements étaient à l’opposé de l’amour. Peut-être que le chapitre 13 de la seconde épitre de Saint Paul à l’église de Corinthe était manquant dans leur Bible ?

Laurence me dit que la sculpture « la suceuse de limaces » la représente quand elle était petite, mal dans son corps. Pendant longtemps elle a eu le sentiment (désagréable) d’être dans un corps qui n’est pas le sien, de ne pas l’incarner, de ne pas être comprise.

Laurence me dit que petite elle a eu un parcours chaotique à l’école. Elle avait un imaginaire débordant ce qui ne cadrait pas avec une école tenue par des religieuses. Elle avait beaucoup de plaisir et d’énergie pour les rédactions de français et les dessins mais était nécessairement hors sujet. Au lieu d’utiliser cette énergie en la canalisant, l’école comme bien souvent, a tenté de l’éteindre. Elle a quitté l’école à 15 ans.

Adulte, Laurence Cappelletto a travaillé quelques année avec les chevaux, elle était palefrenière. C’est marrant parce qu’elle utilise ce mot comme s’il était parfaitement courant alors que de nos jours une minorité saurait dire en quoi consiste ce métier. Elle accompagnait de grands cavaliers sur les concours.

A 26 ans elle a rencontré un potier qui lui a appris les rudiments de la céramique. Laurence me dit « dès que j’ai goûté à ça, j’ai su que j’étais à la maison, je savais que c’était là que je voulais vivre ». L’ art plastique entrait dans sa vie.

L’ art plastique entre dans la vie de Laurence Cappelletto

Elle a trouvé dans l’ art plastique une ouverture d’esprit qui lui convenait, le droit de parler de choses habituellement tues et pas forcément conventionnelles. Quand j’évoque que c’est pas forcément facile sur le plan matériel, financier, Laurence me répond tout de go et me surprend « je suis une assistée ». Durant l’entretien mais plus tard aussi nous aurons une discussion animée sur ce sujet, que l’on pourrait résumer « ce que la société me donne et ce que je lui donne ». Un de ses ressorts personnel est aussi la révolte face au mépris envers les personnes financièrement pauvres, en les considérant comme des gens « qui n’ont pas réussi », en précisant « ils n’ont pas réussi quoi » ? La question reste ouverte et les réponses plus complexes qu’il ne semble au premier abord.

Un peu après la céramique, Laurence suit une formation « d’art cru » avec des ateliers d’expression à visée thérapeutique. C’est le mot « expression » qui l’a questionnée et attirée. Son objectif n’était pas de pratiquer l’art thérapie mais de travailler l’expression, l’expérimentation : terre, danse, chant, peinture, écriture, mise en scène, etc. L’objectif est d’aller chercher au fond de soi-même ce qu’il y a, les énergies qui dorment, de manière non directive. C’est émotionnellement épuisant !

Tout de suite elle s’est mise à peindre et ce, pendant 10 ans. Dans cette période, elle a fait un passage de 3 mois aux beaux arts !

Pour ne pas rester trop longtemps dans la même activité, elle a fait de la scène pendant 5 ans. Du cabaret rock. Elle en garde un excellent souvenir.

Au gré d’un déménagement, elle a trouvé une ancienne supérette qui est devenu un atelier-galerie. Elle a organisé des installations et expositions. L’expérience s’est arrêtée au bout de 2 ans après le décès du propriétaire.

Elle a alors acheté une caravane et un mobil-home qu’elle a pu installer sur un terrain avec une ancienne bergerie.

Elle a présenté une exposition avec une amie sculpteuse mais Laurence me dit « j’ai foiré l’expo » lui laissant un goût fort amer. Le hangar se libérant, elle a pu s’en faire un atelier. Elle s’est alors mise à utiliser des crânes d’animaux que son fils lui ramenait de ses explorations champêtres. En retournant un crâne, il est devenu un corps et l’affaire était lancée.

Un jour, en rentrant chez elle, Laurence voit une poupée qu’elle avait mis sous verre et ressent comme un étouffement et se précipite pour enlever ce verre. Elle se rend compte que, mine de rien, elle avait produit de petites scènes qu’elle avait installé partout dans sa caravane. Elle avait raconté des histoires sans s’en rendre compte. En se regardant dans un miroir, elle ne reconnaissait plus, pour la première fois, elle se sentait incarner son corps, comme si depuis petite elle était dans un fantasme d’elle-même. Tout un cheminement prenait soudainement forme. C’était une libération soudaine.

Dans son travail d’ art plastique, Laurence Cappelletto utilise beaucoup les crânes, les animaux naturalisés (empaillés), des momies de chats, etc. Pourtant, on ne ressent pas de côté morbide, les gens sont rarement impressionnés. D’une certaine manière, elle leur redonne vie.

Dans cette période, Laurence lit Femmes qui courent avec les loups qui propose des contes du monde qui parlent de l’archétype féminin. Le premier évoque une sorcière qui va chercher des ossements dans le désert, les arrange et fait des incantations pour les ramener à la vie. Un peu comme dans la Bible, la vision du prophète Ezéchiel où les ossements s’assemblent, se couvrent de chair et redeviennent humains. La lecture de ce conte a levé toutes les inhibitions et elle s’est lancée avec énergie et bonheur dans cet art plastique jusqu’à maintenant.

Depuis le début, elle appelle ses installation, le « Musée des Zibrides» et elle aimerait en faire un lieu visitable. Elle me parle tranquillement du moment où elle ne sera plus mobile, ou même quand elle ne sera plus de ce monde et veut que son oeuvre lui survive. Mais dans l’immédiat, c’est le musée ambulant qui l’enthousiasme.

Enfin, par son travail, son art plastique, ses installations, Laurence Cappelletto a trouvé sa place dans la société, une forme de reconnaissance. Elle a déjà une programmation pour l’année à venir.

Une question pour vous

L’équilibre entre l’expression de choses qui viennent du fond de l’âme et l’échange d’une oeuvre contre un prix est précaire. Un prix est aussi un moyen de mesurer l’attrait, l’appréciation d’un travail. Mais c’est aussi un moyen de payer son logement, sa nourriture, le matériel pour produire son art, etc.

En particulier dans un contexte français, c’est une question difficile pour les artistes. Et vous comment voyez-vous cet équilibre ?

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