Antonio Placer, musicien, poète, galicien du Dauphiné

Un vendredi après-midi. Autour d’un jus d’ananas. Je rencontrais Antonio Placer, musicien, poète, galicien du Dauphiné, en tête à tête. Je vais vous raconter tout ça.

Il commence d’emblée par me demander si j’ai voyagé avant que je pose la moindre question. Je lui explique d’où je viens. Il m’explique qu’il a vu dans mes yeux que j’ai voyagé. L’entrée en matière me prend par surprise.

Antonio est né en 1492 ou peut-être un peu avant. Tout n’est pas clair dans cette histoire. Ce qu’il tient d’un oncle c’est que sa famille, juive séfarade, a été expulsée d’Espagne par Isabelle la catholique. La lignée de son père part en Flandre. La lignée de sa mère part à Gènes/Naples. D’ailleurs, à Naples, la chanson est une manière de vivre me dit Antonio.

Par migrations successives, une partie de la lignée arrive en Galice. Les peuples de cette région ont des origines celtes et la musique est encore très proche de la musique bretonne.

Antonio précise que son nom de famille s’écrivait auparavant Plazer. La première signification est simplement « plaisir ». La seconde désigne la partie la plus centrale d’une mine d’or. Ce n’est pas sans intérêt.

Il me précise « ma mère chantait divinement bien ». Mais elle a arrêté à la naissance d’Antonio. Elle voulait une fille. Il l’a entendue pour la première fois quand il avait 40 ans.

Si sa mère était républicaine, son père était fasciste. Mais les choses ne sont jamais simples. Son père a été très violent avec Antonio mais depuis tout petit il lui lisait de la poésie. Dans un de ses premiers souvenirs et assurément son premier émoi artistique, il est tout petit, à quatre pattes par terre et entend fasciné son père lire de la poésie. Son père était fasciste mais allait à Paris pour ramener en contrebande, au péril de sa vie, des livres interdits, de la poésie.

A 2 ans ½ il s’est retrouvé chez les bonnes soeurs. Vierges sadiques. Elles lui disaient qu’il était le fils du diable et l’enfermaient dans une cave en attendant qu’il vienne chercher Antonio. Il va de soit que le petit garçon se vidait sous lui.

Antonio me dit alors que « la fleur transforme le fumier en parfum ». Il ajoute qu’il est souvent tombé mais qu’il faut passer par la nuit noire pour arriver au matin.

Outre sa violence, le père d’Antonio était pétri de contradictions. Au point qu’un psychanalyste aurait de quoi gloser. Tous ses frères et soeurs ont fait le conservatoire. Mais il a été interdit à Antonio, il devait avoir un métier sérieux. Pourtant, à 10 ans, ses parents lui offrent une guitare. Il a appris comme il pouvait, avec obstination, presque seul. La guitare faisait quasiment partie de lui. Antonio me parle d’un rêve où il était sur la rivière le Drac et une vague de 8 mètres venait sur lui. Il lui a fait un doigt d’honneur.

Pour la voix, il a aussi procédé par expérimentation.

Il pense qu’il devait avoir un conservatoire, une école dans son ventre. Il précise qu’il faut aller dans la mine intérieure (plazer ?), se connaître soi-même. «Un compositeur est celui qui entend les chansons dans l’espace, que tout le monde a oublié».

L’art c’est quand tu rentres en toi-même. Les chansons et les poèmes lui arrivent souvent en rêve. Il faut être disciple-inné. D’un coup la créativité vient.

Le jeune homme

En 1978 il vient en France afin de poursuivre ses études d’économie. Il obtient le DEA mais ne présente pas le doctorat.

A peine arrivé depuis quelques jours, il participe à une fête et chante. Un guitariste uruguayen l’entend et lui propose de remplacer le chanteur qui est parti. Le résultat d’années de travail solitaire et de hasard. A cette époque il est facile de gagner sa vie. De bien la gagner. Il chante devant des gens célèbres et fortunés. Avec des musiciens qui comptent.

Il me précise que chacun doit passer par ce qu’il doit passer, ce qui arrive est comme une lettre que l’on reçoit. La destinée a deux façons de travailler avec nous :

  • si tu lui donnes la main, elle te guide et te fait prendre les virages
  • si tu ne lui donnes pas la main, elle te traîne par les cheveux

Antonio parle d’appels du ventre, quand il faisait fausse route il se vautrait.

C’est à 29 ans qu’il a affronté son père pour lui dire que sa vie est la musique.

De 1988 à 95, il part au Brésil.

La créativité

Ce mot revient constamment. Il parle d’ignorance personnelle, d’aller dans la mine intérieure, de trouver son propre chemin. Il aime les différentes orthographes du même phonème : voix/voie/vois.

A des journalistes qui l’ennuyaient, il a répondu «mon corps est un village avec une place. Mes ancêtres y chantent, dansent. Et moi je note ».

Il voit la musique et la poésie comme deux pôles d’une même pile.

Il se hérisse contre l’école, l’université qui fait de nous des photocopies. Pourtant il donne des cours. Mais tente de réduire la contradiction en poussant les étudiants à la créativité.

Au vu de son parcours on peut comprendre qu’il se dise en rébellion, un résistant. On est dans un monde où on doit être le meilleur alors que nous sommes uniques et que la comparaison n’a pas de sens. Pour en sortir c’est un corps à corps, un travail d’Hercule.

Antonio voit l’art, le spectacle comme un rituel. Quand on demandait à Nikola Tesla d’où lui venait ses idées, il répondait « je communique avec l’usine » (citation non vérifiée, si quelqu’un sait sourcer, je suis preneur). Antonio me dit que la créativité est la capacité à communiquer avec autre chose.

Et après ?

Pour quelqu’un qui se dit en rébellion, résistant, il est plutôt amusant de le voir rentrer dans le « système ». Et je suis curieux de voir ce qu’il en fera.

Toujours est-il qu’en décembre 2013 il a répondu à l’appel à projet de la ville de Grenoble pour le Théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas avec Alma Musiques. Le titre est «L’Île de la pensée ».

Le titre me fait fortement penser à une conférence Géo’rizon à laquelle j’ai assisté en 2008 et plus particulièrement, la présentation de Louis Marou « La figure de l’archipel. Le cas des Açores, une lusotopie insulaire ».

Antonio et Alma parlent de rencontre et d’intersection. Des idées et de pensées. Dans leur présentation, le mot île revient sans cesse mais c’est bien la notion archipelagique (j’aime ce mot compliqué, il sonne bien) qui sourd à chaque paragraphe.

Il est question de mélange, de frottement, de connexion. De spectacles pluridisciplinaires.

Le nouveau Nouveau Théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas ouvrira ses portes au public les 19 et 20 septembre prochains lors des Journées du Patrimoine.

Mais je vous en reparlerai.

Pour terminer

Il me restait deux questions.

Avec une telle lignée juive séfarade, se dit-il juif ? Non, simplement humain.

Avec de tels ancêtres, croît-il en Dieu ? «Je ne crois pas en Dieu, je sais qu’il existe » reprenant les mots de Carl Gustav Jung.

Antonio Placer, musicien, poète, galicien du Dauphiné

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